Le football est le sport populaire par excellence . Depuis la victoire de l'Equipe de France en Coupe du Monde en 1998, cette popularité s'est étendue à un public plus large incluant désormais toutes les catégories sociales mais aussi la gente féminine.



« Premières émotions de ballon rond » se propose de replonger des personnalités du monde de la chanson, de la littérature, du cinéma , des médias, de la politique et du sport dans leurs souvenirs d'enfance à la recherche de leur premier contact avec ce ballon de cuir devenu magique.



Des témoignages inédits, qui à la faveur du jeu des générations , permettront de retrouver des anecdotes amusantes ou émouvantes et de se remémorer l'existence de certains clubs prestigieux et d'anciens champions issus de tous les coins de France (la majorité des personnalités n'a pas eu une enfance parisienne) et de toutes les époques.

 

 TEMOIGNAGES :

Daniel Bravo : ancien joueur professionnel à l'OGC Nice, à A.S Monaco, au PSG, à Parme, à l'Olympique Lyonnais ,à l'Olympique de Marseille et vainqueur de l'Euro 1984 avec l'équipe de France. Il est aujourd'hui consultant pour divers médias.


« Mon enfance est intimement liée au football. Mon père était joueur amateur et j'ai l'impression que le ballon a toujours fait partie de ma vie, j'ai grandi avec, c'est comme si vous me demandiez de me souvenir de la première fois que j'ai mangé un yaourt!

Il y a toujours eu des ballons à profusion dans le coffre de la voiture familiale. A quatre, cinq ans je jouais déjà et je ne comprenais pourquoi je n'avais pas le droit de m'inscrire dans un club. J'étais impatient. Je cassais les pieds à mes parents.

Mon enfance a été superbe. Avec mon frère, on ne faisait pas grand chose d'autre que de jouer au foot et on était heureux -Maintenant quand je vois mes enfants qui ont toujours besoin de plus pour s'amuser, cela me fait « marrer »- Mes parents tenaient un bar à Cugnaux dans la Banlieue de Toulouse et avec nos potes du quartier on jouait sur la place où était le commerce, tous les soirs à la sortie de l'école, bien avant d'aller faire nos devoirs! Tout notre temps libre était consacré au ballon, on allait au stade en vélo et quand on revenait on jouait encore au foot sur la place. C'était parfois des sujets de dispute avec mes parents. Je me souviens d'une fois où mon père m'avait pris un rendez-vous pour que j'aille me faire couper les cheveux et m'avait dit de m'y rendre après l'école. Bien évidemment quand il est rentré du travail, il m'a trouvé ballon au pied alors il m'a tiré par l'oreille jusque chez le coiffeur!

Mes premiers souvenirs de stade sont des souvenirs d'accompagnement de mon père sur les terrains lorsqu'il jouait en amateur. Et là encore avec mon frère, on tapait dans le ballon autour du terrain pendant que mon père jouait.

Toute la famille ne vivait que pour le football, même si on n'allait pas souvent voir des matches professionnels. La première fois c'était pour la venue de l'OM, à l'occasion d'un match amical à Toulouse alors en deuxième division. Je me souviens d'avoir serrer la main d'un joueur de Marseille, un défenseur je crois, dont j'ai oublié le nom. Cela ne représentait pas grand chose pour moi. C'est mon père qui avait voulu et j'ai l'impression que cela lui a fait plus plaisir qu'à moi. J'étais un peu jeune.

Je me souviens aussi d'avoir assisté à Toulouse à un match contre l'Ajax et j'ai pu voir mon idole Yohan Cruyff pour la première fois! Mais j'étais plus joueur qu'admirateur. J'avais l'impression que ce que je voyais à la Télé était inaccessible. Mais il fallait vraiment que le match soit exceptionnel pour que la famille se déplace.

Mon père n'était pas un fidèle supporter du TFC. Il était plus pris par son équipe de Cugnaux alors je suivais plus ses matches que ceux de Toulouse. Et en regardant les joueurs de l'équipe locale, je me disais « c'est cela que je veux faire ». Je jouais en imitant ces gens là. Je n'ai jamais rêvé d'être joueur professionnel. Je voulais simplement jouer au football. Le professionnalisme est venu petit à petit. J'ai eu cette chance là. Mon frère a dû arrêter le foot à 15 ans car il s'est blessé. Moi, j'ai fait mon parcours, je suis content même si je pense que j'aurais pu faire une bien plus grande carrière. »

Propos recueillis par VAB


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Robert Duverne : préparateur physique de l'Equipe de France de Football depuis mai 2006 et de l'Olympique Lyonnais de 1991 à 1993 et de 1995 à 2009. Auteur du récit « Sur le chemin de mes champs de terre » paru aux éditions Timée et également à la tête de Lyon Verger Sport , club de sport, pluridisciplinaire, dédié à la préparation athlétique. (www.lyonvergersport.com).



Lorsque j'étais enfant, j'étais en fait, plus pratiquant que supporter assidu d'une équipe. A Tourchefelon, mon village, il n'y avait pas de club. Avec mes frères et deux copains nous nous étions inscrits à Saint Victor de Cessieu. Nous faisions 6 km de vélo pour y aller et 6 km pour revenir après l'entraînement. Le retour était en montée mais nous étions infatigables. Les fils Duverne avaient cette réputation. Nous jouions dans le pré familial, à proximité du puits que mon père avait bouché par sécurité. Nous faisions des « un contre un », des « deux contre deux » et des jongles aussi, jusqu'à la nuit tombée. Au fond du pré, il y avait un étendoir à linge. Je faisais des jongles, par dessus les fils et je récupérais le ballon de l'autre côté. A l'époque, j'en faisais 1200 en vingt minutes. Et quand je tondais le pré, dans ma tête, je tondais un terrain de foot.

Dans mon club j'étais tantôt gardien, tantôt milieu de terrain. Je me souviens d'un superbe arrêt que j'ai fait. J'étais minime et ce jour là je jouais en junior, avec des garçons qui avaient donc cinq ans de plus. J'avais déjà pris huit buts quand tout d'un coup j'ai fait un arrêt d'un autre monde. Tellement superbe que tous les joueurs se sont arrêtés de jouer. C'est un souvenir inoubliable. Une autre fois en plongeant, je me suis ouvert l'arcade sourcilière. Le visage en sang et un peu sonné, j'ai seulement demandé à mon frère si j'avais arrêté le but!



Ma mère est d'origine italienne et lors des repas de famille, mes oncles ne parlaient que de football. Mon père n'était ni footballeur amateur, ni sportif mais nous, les trois frères, nous ne songions qu'au ballon. Nous regardions Stade 2 et Téléfoot . J'attendais avec impatience la rubrique « buts étrangers ». J'aimais Liverpool et Aston Villa surtout pour la beauté du maillot du club. J'aimais Johan Cruyff , Kevin Keegan.et puis bien sûr Bernard Lacombe qui était l'idole de Gerland sans oublier Dino Zoff et Joël Bats. J'avais d'ailleurs trafiqué un poster de Joël Bats. C'était une photo où il plonge et va chercher le ballon de la main. J'avais découpé la main et le ballon et on voyait à la façon dont la main tenait le ballon, que c'était Joël Bats même sans voir son visage. Je préférais les actions aux joueurs. Penser que j'ai eu la chance de travailler avec Bats et Lacombe pendant des années me semblent encore aujourd'hui irréel.

Je suis né à Lyon et à l'âge de six/sept ans mes parents ont dû quitter la ville pour des raisons économiques. Mon père était artisan et la vie était plus facile à la campagne. J'ai toujours été supporter de l'Ol, c'était une façon pour moi de rester lyonnais. Je me souviens de mon premier maillot de l'Olympique Lyonnais. Comme nous n'avions pas assez d'argent, ma mère avait acheté un maillot de foot tout simple en coton mais avec un vrai col. Elle s'était procurée grâce à sa soeur qui vivait à Lyon, un véritable écusson de l'OL et l'avait brodé sur le maillot ainsi qu'un numéro. C'était le 8 je crois. Je n'ai plus le maillot mais il me reste les photos.Tous les cadeaux d' anniversaires et de Noël étaient des cadeaux de foot.


Avec mes frères, nous étions abonnés à Onze et nous nous disputions les posters. Nous faisions par exemple tourner le poster de Pelé. Nous le gardions quelques mois chacun dans notre chambre. Un jour nous avons reçu une lettre de mon oncle. Elle était datée, je m'en souviens du 01 avril 1975 mais ce n'était pas un poisson. Il nous écrivait qu'il avait rencontré Pelé à Casablanca et qu'il lui avait demandé un autographe. Je garde toujours sur moi, cette lettre et cet autographe comme les billets de la finale de la Coupe du monde 1998 au stade de France, d'ailleurs. Des années plus tard, j'ai eu l'occasion, en passant professionnel de prendre des photos avec Pelé et Cruyff mais l'émotion n'était pas la même.


Je me souviens aussi de ma venue avec mon père et mes frères au stade Gerland pour un match de l'équipe de France avec Joël Bats dans les buts. Je me souviens surtout de la couleur fluo de la pelouse. Le stade n'était pas le même qu'aujourd'hui. Il y avait un vélodrome. Nous étions dans les tribunes populaires sous l'horloge. C'était une expédition que de venir à Lyon avec trois gamins. Je me demandais où et comment mon père avait pu se procurer ces quatre places magiques. C'était un univers très loin de moi et de mon quotidien.

Je n'ai pas de souvenirs de ma vie sans la passion du foot. Je ne pensais qu'à çà. Les filles ne m'intéressaient pas et du coup elles étaient découragées en pensant que je ne vivais que pour le football. J'y pensais  jour et nuit. Dans chacun de mes souvenirs , il y a un ballon dedans.


Quand j'allais au stade, petit, je commentais mon match sur le trajet. Je me préparais comme un champion en étant très exigeant avec moi-même. Dès l'âge de six ans, à l'école j'organisais des parties sous le préau et arrivé au collège,  des tournois de foot. Je me suis toujours occupé des autres, de la mise en place des équipes. A 17 ans j'entraînais les jeunes du village. Mon oncle aime raconter que lorsque nous allions voir un match, au risque de déclencher une bagarre, je défendais déjà avec de vrais arguments les choix de l'entraineur. Je tenais tête aux gens dans la tribune. Il paraît aussi que je disais qu'un jour je serais sur le banc. J'avais déjà une vraie certitude dans mes méthodes d'entraînements.

Mais le milieu professionnel , la première division à l'époque, je n'y pensais pas. Cela ne m'avait jamais effleuré l'esprit. Dans mon imaginaire cela n'existait pas, je ne pensais pas encore en faire un métier. Comme je suis un « bon en rien », il fallait que je trouve ma manière d'exister. Mais j'avais l'intuition que j'allais m'illustrer quelque part.

Je n'étais pas le meilleur joueur de mon village mais comme entraîneur, les jeunes m'écoutaient , ce qui me donnait une légitimité, une crédibilité. J'avais ça en moi.

A19 ans lors de mes études, il fallait faire un sujet sur la personne que l'on aimerait rencontrer. Moi j'avais écrit que je voulais rencontrer la Coupe du monde. J'ai fait l'UFRAPS, j'ai eu mon diplôme contre toute attente et à 23 ans j'ai su que j'étais fait pour ça. J'ai fait un stage à l'OL et ils m'ont gardé. J'avais une volonté inébranlable. Ce qui est fort c'est que les joueurs qui , à l'époque , étaient plus âgés que moi ont adhéré immédiatement à mes méthodes qui étaient totalement novatrices.

J'ai échappé ainsi à la condition familiale. J'ai sacrifié ma vie de villageois mais j'ai fait le chemin pour les gens de Tourchefelon qui n'ont plus, eux à le faire. Je voulais montrer que même en grandissant à la campagne on pouvait réussir. Avec la Coupe du monde, je veux faire comme j'ai fait avec Lyon, faire du monde mon village.


Propos recueillis par VAB






 

 





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